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94/18 à défaut de 100/24 en attendant 124/24

Défi 100 a été immobilisé six heures par une barrière orageuse infranchissable

Le chiffre six marquera le millésime du Défi 100/24 : il manquait six aérodromes pour atteindre le total de cent touchés en 24 heures par le Cirrus. Au chrono, presque six heures ont également été neutralisées lors d’une nuit d’orage qui ont bloqué l’avion au sol à Rouen. Dans ce contexte, on peut considérer le défi comme réussi avec 94 aérodromes, aéroports et bases aériennes touchés en 24 heures (23h53 plus exactement) entre le jeudi 25 juin à 12h00 (heure locale de décollage du Bourget) et le vendredi 26 juin à 11h53 (arrêt du chrono Breitling au toucher des roues sur la base aérienne 112 Reims Champagne).

Revenons sur les différentes branches de ce défi. Toutes les trois heures environ, un changement d’équipage intervenait lors des avitaillements en carburant prévus à Troyes, Albert, Angers, La Rochelle, Castres et Chambéry.

Départ du Bourget face à l’Est

articledepartLe Bourget, jeudi 25 à 12h00, le Cirrus décolle de la piste 09 entre deux avions d’affaires. L’accueil de l’avion et du Bonanza d’assistance était assuré au Bourget par Dassault Falcon Service qui a mis ses locaux à disposition pour les briefings.

Les aéroports de la région parisienne avec le vent de nord-est sont en configuration Est. Lognes est le premier terrain touché, proche du point E1 de la sortie du Bourget. Le vol enchaîne vers Le Plessis, Creil, Pontoise avant de tourner l’ « escargot » vers Chartres, Châteaudun, Orléans, etc. La séquence Toussus-Villacoublay-Orly-Melun est avalée en une dizaine de minutes, la coordination entre les différents organismes de contrôle étant particulièrement efficace. Le premier relais avec avitaillement et changement d’équipage intervient à Troyes. Les deux personnes à l’avant débarquent, celles assisses à l’arrière passent à l’avant tandis que deux nouveaux pilotes embarquent à l’arrière. Cette formule s’est révélée être très efficace alors qu’un nouvel équipage prenant les commandes n’aurait pas pris d’emblée le rythme du défi. Pendant ce temps, le plein est effectué et le pare-brise nettoyé des moustiques. A bord du Bonanza, Jean-François Georges, Yves « Bill » Kerhervé et Catherine Maunoury se succèdent aux commandes puis aux tâches moins glorieuses au sol pour permettre au Cirrus de repartir le plus vite possible.

Rythme d’enfer

articlecartesTroyes-Albert est une des plus longues étapes avec un tour du grand est de la France vers Mulhouse puis la remontée de la vallée du Rhin vers Strasbourg. Suit la Lorraine avec à chaque fois une alternance de bases aériennes et d’aérodromes ou d’aéroports civils. Deux attentes sous forme de 360° sont demandées par le contrôle civil de Bâle-Mulhouse pour laisser poser un avion de ligne. La cadence est rapide, 27 terrains à 16h50, presque cinq heures après le départ. A ce rythme, la faisabilité de 100/24 ne fait pas de doute.

Les deux avions « logistique » – le Bonanza et un autre Cirrus – sont réunis à Albert, ce qui permet aux pilotes de disposer d’un petit délai avant de redécoller vers Angers et de se reposer. D’autres se penchent sur la météo de la nuit.

Le régime des vents doit évoluer au coucher de soleil. La tendance d’Est s’amenuise au profit d’un flux d’Ouest. L’évolution de la météo est suivie en collaboration avec le centre départemental de Chambéry qui assiste 100/24.

Léger retard avec le vent d’est

A  Albert, les quatre pilotes en attente ou en repos suivent sur internet la progression de l’avion et constatent que celle-ci reste dans le planning prévu.

articleapproche1Après décollage d’Albert vers Angers avec un tour à Lille puis en Normandie, le Cirrus pose ses roues sur la base aérienne de Cambrai-Epinoy à 19h51. L’accueil y est aussi efficace que sur les autres bases militaires qui proposent parfois un guidage radar pour gagner quelques secondes. Ce grignotage du temps continue à Lille-Lesquin où la piste 02 permet une route plus directe vers Merville. De tour de contrôle en tour de contrôle, à Merville, Calais, Le Touquet, etc., les messages passent bien et dès le premier contact radio de DEFI100 l’approche la plus adaptée est proposée. Le coucher de soleil sur le détroit est majestueux. Paradoxalement, le Cirrus prend quelques minutes de retard avec le vent de nord-est. En effet, le gain de temps du au vent arrière sur l’itinéraire n’est pas compensé par l’obligation d’effectuer un circuit pour atterrir face à l’est puis repartir cap globalement vers l’ouest ou le sud-ouest. Quand cela est possible, il est préférable de tracer l’itinéraire face au vent pour effectuer des posés-décollés sur des aérodromes contrôlés, là où les trajectoires directes sont autorisées. Pour résorber ce retard, Abbeville et Eu sont « shuntés », ce qui évite un petit détour.

Front d’orages

Dieppe à 21h06 marque le 50e posé-décollé, au bout d’un peu plus de neuf heures. Le Défi semble à portée. Le contact radio avec le Secteur d’information de vol de Deauville, avant d’entrer en contact avec Le Havre, laisse penser que c’est le début de la fin du beau temps. Le contrôleur nous signale 400 mètres de visibilité à Deauville avec des orages violents. Au Havre, cela reste beau où le Cirrus touche. L’estuaire de la Seine est dans le noir mais au large et au loin des nuages rougis par le coucher de soleil laissent penser que l’ouest de la Normandie serait plus accueillant. Travers Deauville, en ciel clair, le Cirrus est violemment secoué.

articlestormUn coup d’oeil au stormscope montre que ce n’est pas la bonne route : une forêt de croix jaunes apparaît sur la carte numérique. Le détecteur de cellules orageuses est formel : il n’y a pas d’avenir entre la Manche et le pays angevin. Le front orageux est soudé, ne laissant pas de possibilité de se faufiler. La sécurité du vol passe avant le Défi. Cap est mis sur Rouen qui n’est pas encore concerné. Une demi-heure après l’atterrissage, une nouvelle tentative est faite alors que la nuit va tomber. Sans succès, tout est bouché. Un rideau d’éclairs apparaît sur la vallée de la Seine.

Commence pour Lionel Guérin, Benoit Lonceint, Luc Rieu et Thierry Vigoureux une longue attente à la recherche de la meilleure stratégie au bout de 53 aérodromes réalisés. Rouen est presque entièrement encerclée de cumulonimbus et d’orages, nous confirme l’équipe d’assistance météorologique du centre départemental de Chambéry. Une échappatoire serait de rejoindre la région parisienne en IFR puis de mettre le cap sur Orléans et Tours avant de rejoindre Angers. Exclu, car il ne reste qu’un peu plus de deux heures de carburant dans les réservoirs du Cirrus, soit 160 litres utilisables mesurés par la pipette graduée que plonge Luc Rieu dans les réservoirs. Le ciel évite de se poser des questions : sur l’aérodrome de Rouen, des pluies torrentielles alternent avec la foudre qui tombe à plusieurs reprises. Une solution, prendre un peu de repos dans le seul local ouvert, celui de l’atelier du mécanicien de l’escale Airlinair. Des cartons d’emballage servent de matelas.

Fin de l’étape vers Angers en IFR

articlenuitLes cunimbs vidés, des solutions semblent se dessiner. La route directe Rouen-Angers semble praticable. Lionel Guérin dépose un plan de vol IFR pour parcourir ces 125 NM en un peu moins d’une heure.

Pendant ce temps dans l’aérogare d’Angers, le reste de l’équipe autour de Gilles Darriau cherche des solutions après avoir pris quelques minutes de repos sur la moquette de la salle d’embarquement. Les étapes de nuit Angers-La Rochelle et La Rochelle-Castres sont abandonnées au grand désespoir des interlocuteurs locaux qui avaient mis les petits plats dans les grands. Ils ont parfois veillés tard avec comme seule information la progression suspendue du Cirrus sur le site internet. Qu’ils en soient remerciés.

Gérard David et Stéphane Lintant, le pilote militaire, étalent sur le sol les cartes aéronautiques. Gilles Darriau sort son ordinateur. De nouveaux itinéraires sont construits avec cet outil remarquable qu’est Navigation, un logiciel gratuit, autrement plus efficace que ses concurrents à 100 euros. François Fouchet, son concepteur, sort à peu près chaque semaine une version améliorée de cet outil qui calcule les caps, les distances, les temps de vol, affiche les cartes, sort les plans de vol, etc. A Reims, Patricia Lamy et son équipe qui gèrent la communication, reconstruisent aussi leurs plans.

Une nouvelle étape Angers-Chambéry va écumer les aéroports, aérodromes et autres champs d’aviation des Pays de Loire, du Limousin, du Morvan et du pays lyonnais. Pour le Défi, les orages ont rayé de la carte près des deux tiers de la France en empêchant les vols vers la Bretagne, le Sud-Ouest, la Méditerranée jusqu’à Cannes puis le couloir rhodanien. Mais le potentiel du patrimoine aéronautique français reste exceptionnel. Les ressources sont suffisantes pour reconstruire de nouvelles routes même si, faute de temps, il n’est plus possible de prendre en compte tous les points cardinaux.

Le compteur monte à 80 à Chambéry

articlechamberyLa rage de vaincre de Gérard David (navigateur) et sa parfaite connaissance du terrain aliées à la précision et la rigueur de pilotage de Stéphane Lintant (pilote) auront raison des 26 terrains touchés, comptabilisés par Frédéric Beniada et Patrick Gandil en places arrières. Le changement d’équipage à Chambéry s’effectue en 7 minutes comptées à la Breitling entre l’arrêt et le redémarrage du moteur. C’est le record du Défi et il ne semble pas que l’on puisse descendre plus bas pour une limitation physique : la pompe à carburant délivre 1,2 litre à la seconde. A moins de faire le plein comme en Formule 1 avec du carburant sous pression.

Le nouvel équipage – Patrick Gandil, Gilles Darriau, Stéphane Lintant et Thierry Vigoureux – utilise une méthode différente de programmation des GPS. Le numéro 1 affiche comme à l’habitude la suite des aérodromes à utiliser. Sur le 2 est programmé Reims-Champagne et surtout le temps pour y aller. Cette méthode est efficace et évite d’arriver à destination après 12h00. Le rythme est infernal. Une vingtaine de minutes entre Chambéry et Bron, via Belley, Morestel et Saint-Ex. Sur ce dernier aéroport, le contrôleur très efficace, réussit à intercaler le Cirrus sur la piste 36G, celle qui permet ensuite le plus court chemin pour rallier Bron.

articleposereimsS’enchaînent champs d’aviation au milieu des vignes, base militaire comme Dijon ou aéroport gigantesque comme Reims-Vatry. Mais le chrono impose de faire route directe vers Reims. Par chance, la piste 25 en service à Prunay permet de faire un touch sans perte de temps car à Reims-Champagne, c’est la piste 07 qui est utilisée. Le Cirrus y pose ses roues à 11h53.

 

 

Thierry Vigoureux

 

 

Interview de Patrick Gandil Directeur Général de l’Aviation Civile, donnée au Point.fr peu avant le départ du Défi

Vendredi 12 heures

Défi 100 s’est posé juste avant 12 heures aujourd’hui sur la BA 112, après avoir accompli un tour de France presque complet, avec 94 atterrissages/décollages en 24 heures.

bancchampagneLe Colonel Perrone, commandant la BA 112, était venu les accueillir, ainsi que le Général Motte, et plusieurs officiers de la Base et du Sirpa Air. Jacques Cohen, Maie adjoint au tourisme, avait eu la bonne idée d’apporter du Champagne et des fleurs. L’arrivée fut donc très festive !

La météo de la nuit (orages particulièrement forts dans la région de Rouen), n’ont malheureusement pas permis de réaliser les itinéraires SUD prévus : un reroutage a dû être repensé entre 01:00 et 04:00. La rage de relever le défi de l’équipage leur a permis d’inscrire plus de terrains qu’il n’avait jamais été envisagé pour une seule étape, et ainsi de frôler l’objectif à 6 aérodromes près.

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Nous vous donnerons ces prochains jours un récit complet de notre aventure.

Retrouvez dans la rubrique Galerie photos/Presse les images du raid.

Vendredi 10h00

Le Cirrus a re-décollé de Chambéry à 9h42 après 80 escales. Il reste un peu plus de 2 heures pour réussir une vingtaine de nouvelles escales.

Quel challenge !!!!

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